Légaliser la prostitution (?)
«Le monde économique aujourd’hui étant ce qu’il est, c’est-à-dire une guerre froide et impitoyable, interdire l’exercice de la prostitution dans un cadre légal adéquat, c’est interdire spécifiquement à la classe féminine de s’enrichir, de tirer profit de sa propre stigmatisation ». Virginie Despentes, King Kong Théorie.
Légaliser la prostitution ? Mais avant tout, faire la revue des arguments de ceux qui soutiennent l’interdiction de la prostitution. Qui sont ces abolitionnistes ? Tout le monde. Sauf quelques libertaires, des chercheurs féministes, des marxistes mâles, et moi-même.
D’abord les abolitionnistes conservateurs, attachés aux valeurs familiales et/ou religieuses, pour qui, l’économie du sexe constitue une réelle menace pour l’institution familiale, qui elle-même basée sur la loyauté et la fidélité envers l’époux (se) et dans bien des cas sur une hiérarchie des genres.
Non que j’appelle à la subversion absolue, mais il est toujours important de rappeler aux traditionalistes que leur modèle hétéronormatif (selon la définition de Judith Butler) exclue nombre de pratiques sexuelles, et par extension de choix de genre et de vie. L’institution familiale hétérosexuelle – telle qu’elle est canonisée – exclue les homosexuels, les asexués, les transgenres, les transsexuels, les hermaphrodites, les sans-étiquettes, les bisexuels, les handicapés et les travailleur(se)s du sexe. Jamais leurs clients !
Nous permettons bien la production pornographique, qui est basée sur une forme de proxénétisme, puisque les rapports sexuels y sont tarifés et les gains engendrés redistribués aux parties concernées, souvent de manière inégale (Cadres de la prostitution, Sonny PERSEIL).
La question semble diviser les féministes. En tout cas, au registre de la Commission Européenne, les lobbies féministes ont déjà fait compagne de sensibilisation pour abolir la prostitution.
Sur la vidéo, les rapports de genre sont inversés : la femme est sujet, l’homme est objet. Cliente et prostitué. Avec tout le soutien que je porte au combat contre les violences faites aux femmes, l’idée est utopiste, et l’interdiction de la prostitution est un soin palliatif, comme il a toujours été le cas dans les pays abolitionnistes.
Le modèle des sociétés dominantes est organisé en familles monogames, et dans le cas des familles polygames, la multitude de partenaire est un droit asymétrique, réservé à l’homme. La monogamie absolue elle-même est une utopie, d’autant plus dans une société où la classe masculine est dominante et dont le statut permet, voire encourage à transgresser la fidélité. Comment peut-on interdire les conséquences d’une telle organisation sociale ?
L’argument des féministes de la « protection » des femmes est superficiel. La prostitution serait dégradante pour la femme. Notons au passage que celle-ci n’est jamais dégradante pour les clients.
On peut imaginer une société où les genres sont parfaitement égaux. Où le masculin est réellement égal au féminin. Où les positions de pouvoir sont occupés en deux moitiés égales par les deux genres (voire plus, puisqu’il ne s’agit pas ici de se limiter au masculin et féminin), où les congés paternités sont longs, où ceux et celles qui n’appartiennent pas aux mâles hétéro virils peuvent sortir la nuit sans risquer le viol. En somme, que les rapports de domination n’existent pas (ou du moins, sont articulés autrement qu’entre mâle hétéro/autre), il y aura autant de prostitués femmes qu’hommes, avec une proportion naturelle de transgenres.
Ici, il s’agit de démontrer que ce n’est pas la prostitution qui provoque la domination mais bien l’inverse. La prostitution est un excellent miroir des rapports du genre, au même titre que les bourses mondiales, les grandes fortunes, la gouvernance des nations, où les femmes sont dominées.
“Sous l’euphémisme de la protection, elle est une rationalisation du contrôle arbitraire et de l’ingérence, et elle met hors la loi l’agressivité des femmes », affirme Gail Pheterson, dans Prisme de la Prostitution. Concernant les violences faites aux travailleurs du sexe, l’auteure affirme que “répondre à la violence des hommes en contrôlant le comportement des femmes est une position injustifiable et intenable”.
Cessons de faire de la violence faite aux prostituées une exception. La violence verbale et physique ainsi que l’harcèlement sont subis par TOUTES les femmes, tous les jours, au sein du couple, dans la rue, dans le milieu professionnel, en famille, entre amis… La plupart des viols et des meurtres d’hommes sur des femmes sont commis par un proche de la victime, dans bien des cas par le conjoint. Pour quelle raison les prostituées seraient épargnées par ce comportement sexiste ?
Enfin, l’interdiction de l’exercice de la prostitution est une solution palliative et dangereuse pour les travailleuses.
Objectivement, la question que l’on devrait se poser est la suivante : dans quels termes et quelles conditions une légalisation serait une meilleure solution dans une société où les genres sont hiérarchisés ? Autrement dit, continuer à interdire la prostitution en attendant l’ajustement des genres, ou la légaliser car cela amorcerait cet ajustement ?
Je m’en vais de ce pas, appeler ma voyante.
Ce billet est dédié à Moorish Wanderer.

Très mignon, le nouveau look de ton billet!
Dommage que le contenu tourne toujours autour du cul! C’est lassant, même si c’est un espace de nana!
Le cul? Il s’agit d’un éventuel statut légal des travailleuses du sexe et des violences faites à ces dernières. Ce n’est pas ludique !