Légaliser la prostitution (?)
«Le monde économique aujourd’hui étant ce qu’il est, c’est-à-dire une guerre froide et impitoyable, interdire l’exercice de la prostitution dans un cadre légal adéquat, c’est interdire spécifiquement à la classe féminine de s’enrichir, de tirer profit de sa propre stigmatisation ». Virginie Despentes, King Kong Théorie.
Légaliser la prostitution ? Mais avant tout, faire la revue des arguments de ceux qui soutiennent l’interdiction de la prostitution. Qui sont ces abolitionnistes ? Tout le monde. Sauf quelques libertaires, des chercheurs féministes, des marxistes mâles, et moi-même.
D’abord les abolitionnistes conservateurs, attachés aux valeurs familiales et/ou religieuses, pour qui, l’économie du sexe constitue une réelle menace pour l’institution familiale, qui elle-même basée sur la loyauté et la fidélité envers l’époux (se) et dans bien des cas sur une hiérarchie des genres.
Non que j’appelle à la subversion absolue, mais il est toujours important de rappeler aux traditionalistes que leur modèle hétéronormatif (selon la définition de Judith Butler) exclue nombre de pratiques sexuelles, et par extension de choix de genre et de vie. L’institution familiale hétérosexuelle – telle qu’elle est canonisée – exclue les homosexuels, les asexués, les transgenres, les transsexuels, les hermaphrodites, les sans-étiquettes, les bisexuels, les handicapés et les travailleur(se)s du sexe. Jamais leurs clients !
Nous permettons bien la production pornographique, qui est basée sur une forme de proxénétisme, puisque les rapports sexuels y sont tarifés et les gains engendrés redistribués aux parties concernées, souvent de manière inégale (Cadres de la prostitution, Sonny PERSEIL).
La question semble diviser les féministes. En tout cas, au registre de la Commission Européenne, les lobbies féministes ont déjà fait compagne de sensibilisation pour abolir la prostitution.
Sur la vidéo, les rapports de genre sont inversés : la femme est sujet, l’homme est objet. Cliente et prostitué. Avec tout le soutien que je porte au combat contre les violences faites aux femmes, l’idée est utopiste, et l’interdiction de la prostitution est un soin palliatif, comme il a toujours été le cas dans les pays abolitionnistes.
Le modèle des sociétés dominantes est organisé en familles monogames, et dans le cas des familles polygames, la multitude de partenaire est un droit asymétrique, réservé à l’homme. La monogamie absolue elle-même est une utopie, d’autant plus dans une société où la classe masculine est dominante et dont le statut permet, voire encourage à transgresser la fidélité. Comment peut-on interdire les conséquences d’une telle organisation sociale ?
L’argument des féministes de la « protection » des femmes est superficiel. La prostitution serait dégradante pour la femme. Notons au passage que celle-ci n’est jamais dégradante pour les clients.
On peut imaginer une société où les genres sont parfaitement égaux. Où le masculin est réellement égal au féminin. Où les positions de pouvoir sont occupés en deux moitiés égales par les deux genres (voire plus, puisqu’il ne s’agit pas ici de se limiter au masculin et féminin), où les congés paternités sont longs, où ceux et celles qui n’appartiennent pas aux mâles hétéro virils peuvent sortir la nuit sans risquer le viol. En somme, que les rapports de domination n’existent pas (ou du moins, sont articulés autrement qu’entre mâle hétéro/autre), il y aura autant de prostitués femmes qu’hommes, avec une proportion naturelle de transgenres.
Ici, il s’agit de démontrer que ce n’est pas la prostitution qui provoque la domination mais bien l’inverse. La prostitution est un excellent miroir des rapports du genre, au même titre que les bourses mondiales, les grandes fortunes, la gouvernance des nations, où les femmes sont dominées.
“Sous l’euphémisme de la protection, elle est une rationalisation du contrôle arbitraire et de l’ingérence, et elle met hors la loi l’agressivité des femmes », affirme Gail Pheterson, dans Prisme de la Prostitution. Concernant les violences faites aux travailleurs du sexe, l’auteure affirme que “répondre à la violence des hommes en contrôlant le comportement des femmes est une position injustifiable et intenable”.
Cessons de faire de la violence faite aux prostituées une exception. La violence verbale et physique ainsi que l’harcèlement sont subis par TOUTES les femmes, tous les jours, au sein du couple, dans la rue, dans le milieu professionnel, en famille, entre amis… La plupart des viols et des meurtres d’hommes sur des femmes sont commis par un proche de la victime, dans bien des cas par le conjoint. Pour quelle raison les prostituées seraient épargnées par ce comportement sexiste ?
Enfin, l’interdiction de l’exercice de la prostitution est une solution palliative et dangereuse pour les travailleuses.
Objectivement, la question que l’on devrait se poser est la suivante : dans quels termes et quelles conditions une légalisation serait une meilleure solution dans une société où les genres sont hiérarchisés ? Autrement dit, continuer à interdire la prostitution en attendant l’ajustement des genres, ou la légaliser car cela amorcerait cet ajustement ?
Je m’en vais de ce pas, appeler ma voyante.
Ce billet est dédié à Moorish Wanderer.
Ce qui nous reste du machisme : Agressions, attouchements, misogynie incondamnables.
Communément, la question féministe est un trait d’histoire, résumée à l’occupation contemporaine d’une bande de nolifes, ratées du mariage, lesbiennes refoulées. Puisqu’au moment même de la première élection incluant les femmes, l’on supposait que le machisme n’était plus.
Pourtant, si l’on exclut les pays d’Europe nordique, le reste des sociétés concoure d’originalité pour prouver ce qui lui reste de sa culture misogyne.
Sifflements, compliments sexués, blagues manifestement sexistes mises à part, à plastique, position sociale, attitudes différentes, le machisme est le lot du quotidien. Si l’on exclue les actes d’agressions graves –viol, violences conjugales, harcèlement sexuel au travail, qui sont juridiquement reconnues et condamnables- du reste du comportement des hommes, qui lui, est difficile à poursuivre en justice, je dresse la liste des classiques des comportements qui justifie la survie du féminisme.
L’attouchement par un proche : à toi, qui n’a JAMAIS été touchée, contre ton gré, par un proche (parent, prof, ami malveillant…), il y a deux hypothèses : 1) tu vis dans le déni, 2) ton karma est surnaturel. L’attouchement est de l’histoire banale. Dans mon entourage, y compris moi-même, les actes proviennent de professeur au lycée, de parent, de « bonne », d’ami.
L’inconnu dans la rue : et là, c’est littéralement l’assaut. L’individu se jette sur sa proie, et lui touche une partie de son corps, main sur le sein –épiderme sur épiderme-, ou petite tape sur la fesse avant de partir en courant. L’autre grand classique, la danse ou le frottement intentionnel en boîte de nuit. Ô rage !
Le Stalker : Dans la vraie vie, il est encore plus répugnant que sur les faits divers d’Al Ahdate Al Maghribya. Le voisin dérangé te suivant dehors, émettant des insultes/compliments à petits coups. Le type à l’apparence conforme qui te suit dans le centre commercial/supermarché à un mètre, t’invite à un café, et continue à stalker sous ta barbe après ton refus. Accessoirement, il se met en colère et insulte ton ascendance et ton dédain quand tu refuses ses avances.
Inclassables : la voiture te suivant la nuit sur une allée déserte avec quelques soulards à bord qui te draguent – en groupe. Les regards insistants. Le pervers de la bibliothèque. Le pervers au cinéma. Le pervers en cours de danse. DSK. Les vendeurs pervers. A décupler pour obtenir les pervers dans les transports en commun. La dichotomie fille séduisante/fille cérébrale (à défaut d’être classée baisable, tu deviens soporifique et jetable). Tes potes et tes collègues, le monde entier aussi, dont le petit machisme te conduira un jour à envoyer un bon coup de genou stérilisant sur les bourses pleines de frustration d’un random guy. Peu importe lequel. Se faire justice soi-même. Se vider les couilles. That’s the point.
Ceci n’est pas un billet
Maurice Ravel est mort sur scène.
Adam épousa Eve. Eve eut trois garçons. Les garçons, certainement hermaphrodites, ont repeuplé la terre entière. La terre n’est pas ronde. Les rondes, ubiquité des dictatures du paraître. Paraître nu n’est pas puni pour exhibitionnisme. L’exhibitionnisme n’est aucunement une construction sociale et historique. L’histoire se répète.
La scène musicale contemporaine est inventive, déconcertante, détonante, interdite, engagée, éthique.
Mohammed est prophétie. La prophétie provient de Dieu. Dieu, certainement notre Juge, a créé terre, ciel, le Nil et nos cinq sens en sept jours. Sept jours pour monter Rome. Rome vous ennuiera. L’ennui, comme les plaisirs solitaires, rendent sourd.
L’éthique est la valeur des coups de maître de maisons de productions, des éditeurs harlequins, des meilleures ventes de grands libraires, des salles de cinéma.
Mohammed VI est légitimité du peuple. Peuple souverain. La souveraineté populaire assouvie par le parlement. Le parlement, parfait fractionnement social. La société est libératrice. Libératrices sont Caroline Fourest, Monroe, Princesse Selma, les actrices du X. X est une voyelle.
Le cinéma est habité essentiellement d’artistes surdoués, de films à maigre budget, au phénoménal succès.
Le succès est régulé par le talent. Le talent est dicté par l’authenticité abstraite, intemporelle, non-spatiale, commune aux sens, indépendamment du groupe.
Le groupe est émancipateur.
Les émotions sont spontanées.
Tout est naturel, conséquent, involontaire, instinctif, machinal.
Rien, ni personne n’est cloisonné par rien ni personne.
Je suis vierge et croyante.
Chers anti #Feb20 : أ اللقوة
D’abord il y a eu les pages d’amour, d’idolâtrie, de dévotion, plus chrétiennes que le pape, dédiées au monarque, Mohammed VI. Puis le soutien aux maghrébins, égyptiens, et toutes ces révoltes des peuples arabes. Les autres peuples arabes, jamais au notre. C’est bien connu, bonne charité commence ailleurs. Aux premiers indices du 20 février, manifestation légale et pacifiste, certains décharnés se lancent dans une propagande d’opposition, fermement, inutilement, par simple couardise, par simple antipathie de ceux qui souhaitent prendre leur avenir en main. Tout compte fait, ils décident de pantoufler en restant chez eux. Bon débarras.
Puis le roi jette de la poudre aux yeux des borgnes, sa tactique communicationnelle est une blague tombée dans le domaine public en 1666. En somme, selon le projet de réforme constitutionnelle abordé dans son discours, le royaume sera toujours fondé sur une constitution islamique, le monarque détiendra toujours les trois pouvoirs, le roi nomme, dissout, dort et se lève en décidant selon un principe héréditaire que les anti Feb20 vont approuver. Oui. Et vous connaissez tous leur argument monarchique infaillible : le roi est notre aubaine, la classe politique n’est pas outillée à nous gouverner, ce sont des chiens, des loups, qui pilleront le pays de ses ressources, qui se partagerons le cens, qui violeront nos femmes, nos hommes et ainsi de suite. Ah oui, vous vous souvenez des soulèvements français, anglais, ou américain? Quand il y avait une horde politique compétente et d’une incorruptibilité exemplaire faisant la queue devant les palais, attendant que le monarque leur délègue le pouvoir? Pas moi !
Le parlementarisme n’est pas une étape immédiate. Cela se construit. Chacun est conscient qu’une réforme constitutionnelle, telle que nous réclamons au sein du mouvement, est une mutation politique et sociale d’une grande ampleur, et me semble-t-il, le seul moyen de politiser un peuple extrêmement incompétent quant aux questions civiques.
Et ce dimanche 13 mars. Je vous épargne les photos d’enfants et de personnes âgées tabassés, humiliés, les arrestations, le sang qui a coulé et ce qui s’est déroulé à Khouribga. Le retour du Makhzen.
Si vous êtes un fanatique du roi, votez “oui” au référendum. Si vous êtes conservateur et que votre première activité vitale est d’adorer Dieu, de gagner ce salaire qui comblera vos besoins de consommateur primaire, de trouvez le mari de vos rêves et menez une vie sobre, alors je vous en conjure, taisez-vous, soyez des voyageurs clandestins, et surtout muets. Profitez des plus hardis qui mèneront la réforme à votre place.
Et quand je vous entends encore parler d’anarchie, j’aimerais vous voir morfondus et satisfaits de votre pauvre lot de biens, d’éducation, de mérite, de servitude que l’Etat et son chef de gouvernement vous a légué.
Sinon, ce mouvement est allé au delà de mes espérances. Et si référendum il y a, je voterai “non”.
L’oeuvre caricaturée est “Woman”, de Amedeo PREZIOSI, peintre sicilien.
Maroc : La tentative révolutionnaire du 20 février, ou l’avortement par préméditation
Avant la lecture de ce billet, il faudra d’abord tenir compte que mon pessimisme est le résultat de ma propre – et subjective – interprétation de la société marocaine. Cette analyse est alors doublement biaisée : en ma qualité de marocaine, je suis dans l’incapacité de porter un regard étranger dont découlerait une meilleure objectivité. Et que, de la nature de mes conditions, je ne peux apporter de vérification scientifique des raisons que j’annonce.
Les événements survenus récemment en Tunisie ont une faible probabilité d’avoir lieu sur notre territoire pour les différences institutionnelles, de formes de régimes et les répercussions de celles-ci sur notre société.
Pour l’expliquer, ce billet tentera donc de dresser la liste non-exhaustive des raisons pour lesquelles la tentative du 20 février sera une tentative avortée au Maroc. Cet écrit n’aborde que les mobilisations internes –ou en l’occurrence la léthargie sociale – et de quelques réalités sociales, et ne tient en aucun cas compte des prises de positions ou influences que pourraient avoir quelconque acteur institutionnel international dans cette lutte, car je considère que ces éléments de soutien ou au contraire, de mutisme de la scène internationale que l’on a observé jusqu’aujourd’hui ne vont strictement pas modifier la trajectoire des évènements, ou du moins, ne touchent que les relations diplomatiques, très peu susceptibles d’altérer les mobilisations par le bas.
La détermination des mobilisés tunisiens ou égyptiens pour contrer leurs régimes n’est plus à refaire. Pendant ce temps, une “marche de l’amour” est organisée en faveur du roi marocain, dont la personne se confond avec le chef d’Etat et du symbole du gouvernement. Les marocains, plus catholiques que le Pape, auraient, si la marche avait eu lieu, encouragée les révoltes sociales chez les peuples voisins tout en rappelant leur « amour » à Mohammed VI.
Et comme chacun le sait, on trouve toujours des raisons rationnelles aux amours abstraits.
La machine communicationnelle royale est une des bases de la stabilité monarchique. Puisque la notion de gouvernement chez les marocains est entièrement distincte de la personne du roi, et que ce dernier ne ferait pas parti de l’appareil étatique corrompu, le roi bénéficie automatiquement d’une continuité d’allégeance en cas de révolte anti-gouvernementale et la machine communicationnelle poli sa réputation. Et face à un gouvernement « pourri » et « intéressé », le roi devient l’alternative idéale et personnalise l’espoir.
La communication royale ne cesse d’alimenter l’image du « roi des pauvres » à travers des déplacements dans les hôpitaux, des inaugurations d’écoles, distributions de fournitures scolaires aux plus démunis… Des déplacements relayés quasi-quotidiennement sur les JT populaires.
D’autre part, le monarque ne prend parole que lors de discours officiels, protège sa vie privée et est très rarement l’initiateur de réformes perçues négativement par le peuple, comme il est le cas dans les régimes républicains où les dirigeants sont des personnes profanes pouvant faire à tout moment l’objet de critiques de la part des médias ou de spécialistes de la politique, notamment lors de réformes impopulaires.
Je ne remets pas en cause l’image du « roi du peuple », mais la répercussion que cela a sur le peuple marocain, en termes de léthargie sociale.
Contrairement à Hassan II, au pire perçu comme un despote par les dissidents, au mieux comme un tyran « qui a raison », Mohammed 6 bénéficie de l’approbation de ses sujets. Bien plus grave que cela, il constitue, à travers sa popularité et son statut de prince des musulmans et héritier légitime du trône, une alternative, voir le Messie qui sauvera le peuple en cas de gaffes gouvernementales. Aussi, les marocains les plus répressifs quant aux libertés individuelles et à l’émergence d’une jeunesse agnostique ou non pratiquante, attendent du monarque de remettre dans le droit chemin, par le biais de la violence, les brebis égarées.
Par opposition au régime tunisien, où Benali est une personne profane, les dirigeants tunisiens ont réussi à se maintenir au pouvoir grâce aux techniques de clientélisme et au rôle crucial du RCD, qui constitue un lien social entre politiques et peuple tunisien. Comme l’avait révélé certains documents Wikileaks, le régime tiendra en place tant que l’appareil d’Etat continuerait à maintenir une certaine satisfaction sociale et économique, une fois cette satisfaction rompue, les individus ne verront plus d’utilité au régime et se révolteront contre le dictateur.
Comme en Tunisie, au Maroc, les réalités sociales sont facilement objectivées. La population parle constamment de corruption, d’injustice, de système éducatif défaillant. Même apolitiques, les individus sont capables d’exprimer leur vision désenchantée du régime marocain, mais ne se révolte pourtant pas.
Pourquoi donc cette léthargie ?
Au « Roi Populaire », s’ajoute la notion religieuse fataliste. La fatalisme proposé, et enseigné explicitement dans l’Islam empêche toute prise de position et cultive le contentement et la sobriété. Les croyants, même insatisfaits de leurs destins, accepteront l’injustice, car peu importe les injustices, la vie terrestre n’est qu’un passage vers l’autre vie, éternelle et paisible.
Ici, je renvoie les plus curieux à la sociologie des religions. Notamment le travail de Weber à propos la réforme protestante comme facteur de l’émergence du capitalisme.
Tous ces facteurs, religieux, royal, de l’exception du régime marocain, conduisent le peuple à un apolitisme téméraire.
Et enfin, si l’on constate les révolutions survenues durant l’Histoire, elles ont été engendrées par des conditions matérielles où la pression d’une élite sociale désireuse d’améliorer son sort économique. Or les classes supérieures ou la bourgeoisie marocaine n’a pas d’intérêt particulier à se mobiliser puisque, agissant en simples homo oeconomicus, ces élites sont entièrement satisfaites.
Si l’on épuise le répertoire d’actions des anciennes révolutions ou tentatives de mobilisations, on en vient à conclure que le Maroc a toutes les chances de se contenter de son sort et surtout aucune raison pour vouloir se révolter contre le régime incarné par la personne du roi, même si les individus ont très bien objectiver leurs conditions.
Cela dit, j’espère avoir mesuré mon ignorance, et manqué de ce fait d’autres répertoires d’actions, d’autres conditions matérielles ou sociales et voir mes compatriotes mobilisés.
Athées arabes ou la vanité du savoir
Et cette souplesse du verbe ne défendra pas nos causes. La prose versée gracieusement. Cette existence vouée à cultiver l’histoire des civilisations, comprendre les dynamiques des peuples anciens, l’émergence des pensées, des dieux, des monarques, de l’argent, du commerce. Les guerres, les paix, les conflits muets. Toutes ces heures, ces années, assis aux bancs des apprentis, s’enivrer de la beauté du savoir. Qu’un jour l’on servira mieux le monde, aux lendemains d’insoumis.
Le chemin long et épuisant. Le découragement. La faiblesse. Et la volonté qui se dérobe. Adieu effervescence juvénile! Les yeux qui se creusent. La chaire qui s’amollie. La mémoire qui sature. Paraît l’inutilité de nos connaissances. Le temps qui court. La jeunesse que l’on rate. L’ingratitude sociale. L’injustice terrestre qui nous crève les yeux. Le doute.
Sommes-nous seuls dans le combat ? Y a-t-il une foule derrière ? L’ignorance d’en face nous écrasera-t-elle ? Nos armes sont-elles chargées ?
Que de craintes.
S’il y avait justice ailleurs, il y a longtemps que j’aurais désertée.
Wuthering Heights, de la condition des femmes anglaises
En VF, les Hauts de Hurlevent.
Je présume qu’il existe moult critiques de ce livre. Mille et une rubriques dédiées au grand classique de la littérature anglaise. Il devient alors vain de résumer une énième fois l’œuvre, au risque de spoiler, au risque de la démettre.
Peu de mots suffisent à ce haut lieu du romantisme turpide. Dans un décor de monastère, après des drames familiaux fréquents et concourants d’invraisemblance, Catherine préfère épouser son voisin, riche propriétaire et homme éduqué, abandonnant l’élu du cœur, Heathcliff, orphelin, enfant adopté, rustre et sans manières ni culture.
Une femme. Dans toute sa splendeur pragmatique.
Ce n’est pas tant le récit soutenu ou la complexité casse-pieds de l’histoire qui m’étonne. Ces compétences littéraires trouvent d’égales dans l’Histoire. Plutôt l’auteure. Emily Brontë, une des trois sœurs prodiges, publie en 1847 la seule et unique œuvre de son existence.
Est-ce autobiographique? Tout est consciemment ou inconsciemment autobiographie.
Or, comment une auteure vierge d’expérience amoureuse et charnelle, vécue croupie dans la demeure de son père, sa bibliothèque, noyée dans l’artifice du savoir et la beauté du verbe, chaire morte nûment, n’ayant connu la lubricité des hommes, a-t-elle pu inventer si intense complexité ? A priori, elle trouverait inspiration dans les faits divers des journaux. Le malheur des uns…
Aurait-elle pu produire meilleures narrations si elle avait été un être social avec les conventions de rencontres qui s’en suivent ? Ou alors, aurait-elle été bien trop occupée par le commun des mortels pour s’adonner à l’écriture ? Aurait-elle alors perdu cette naïveté méprisable si elle avait connu la verge ?
Tant de questions. Et une œuvre, aussi falote et innocente, rend compte involontairement de la condition des femmes de ce siècle. Conçues soignées tels de beaux sacrifices, cultivées telle une terre à moissonner, abruties destinées à l’obéissance éternelle, et somme toute, revient à elles l’effort à fournir pour trouver percepteur de l’offrande qu’elles sont devenues.
Et si vous concevez les femmes ainsi, je vous épouse.
NB : Ma main dans un gant tenant le roman, propriété intellectuelle.
Mon Histoire avec le Coran محنتي مع القران و مع الله في القران
Abbas Abdenour est ce genre d’écrivain que l’on a envie de remercier d’avoir rendu compte, de la manière d’un sage érudit, tout l’agnosticisme que l’on ressent, et que l’on peine à traduire avec les mots adéquats. De l’avoir raisonné tel un philosophe apostat, gages et indices pour expliquer les failles de Dieu, qu’il formule dans un arabe presque lyrique. Que demanderait encore un vulnérable apostat en mal d’arguments ?
Ce livre est introuvable, non édité, absent du web. Il circule sous gmail, et ce sont les garçons de CJDM qui me l’ont remis en fichier PDF. Sur un vol Casa-Prusse Orientale, je m’ennuyais ferme et le fichier d’Abdenour a sauvé ma matinée.
Ce sont tout de même 336 pages et j’en suis au tiers, soit la partie où l’auteur raconte son lien personnel avec l’Islam et Dieu avant de passer à une analyse théorique du Coran.
Abbas Abdenour est ce que j’appellerai un athée tardif. Tout au long de la lecture, on ressent le regret profond de cet ancien pieu de ne pas avoir quitté cette religion plus tôt. Au sortir de ses 60 ans, il décide d’exhiber son parcours personnel et sa réflexion. D’abord, à son âge, il n’avait rien à craindre de la publication d’un tel pavé. Et se dit fier de servir de martyr à tant d’apostats, si cela pourrait sauver le monde arabe de son obscurantisme.
En préface, il est décrit comme :
شيخ ، متصوف، تقي ، مسلم الدين ، سني المذهب ، فقيه
De parents et grand parents pieux, il fut reconnu par son attachement à la religion et sa conduite irréprochable. Il a étudié la théologie à Al Azhar puis à Foad Ier. Deux universités dont il déplore l’austérité religieuse et le manque d’absence d’interprétation et de remise en question – l’essence même d’une université – en s’appuyant sur Al Ghazali :
فمن لم يشك، لم ينظر، ومن لم ينظر، لم يبصر، ومن لم يبصر بقي في العمى و الظلالة
Abbas Abdennour dédie toute sa vie à Allah. Il ne rentre pas dans un lieu sans citer son nom, ne commence pas une journée sans prier, déplora le Créateur les cinq fois obligatoires et maintes autres facultatives, pleurait la nuit de crainte… Sa croyance était telle qu’il sentait en lui sa fidélité. Sa bienveillance et sa miséricorde omniprésentes.
Mais la vie est une chienne. L’écrivain goûte à l’amertume de l’existence humaine, s’endette et demande l’aide de son Seigneur qui ne daigne pas. Alors, il rejoint son présumé fils, Jésus, devint chrétien, avant de se rendre à l’évidence, et abandonna toute forme de spiritualité, de crainte divine, de restrictions, pour vivre en désinvolte après toute une existence dédiée au Seigneur.
فكلا الالهين – إله القران وإله الانجيل – أفلس من أخيه
Après le parcours sa vie, le reste de cette douce œuvre est dédiée à la critique acerbe, concise et claire du Coran, ses lacunes et ses contradictions ; dont je rendrais compte dans un autre billet plus tard.
Si d’autres, comme moi, peinent à trouver des écrits de cette qualité, je vous envoie volontiers le fichier.
NB : L’écrivain a un homonyme. Abbas Abdennour, physicien de son métier, que vous trouverez en premières pages de recherche Google.
La Marche de la Honte
Lorsqu’il s’agit de leurs droits nationalistes, ce besoin d’inventer un ennemi commun pour accroître leur sentiment d’appartenance nationale, ils sont UN MILLION à défiler à Casablanca.
Lorsqu’il s’agit de besoins plus élémentaires, d’absence de droits de sécurité sociale, d’indignité au travail, de retraites médiocres, d’analphabétisme rural, de déficit démocratique et électoral, ils déclarent forfait, sous prétexte que revendiquer en solo, le canal de l’entente est forcément calfeutré.
Rassemblez-vous donc contre un parti politique d’Espagne pour l’unité territoriale marocaine, si cela peut vous procurez quelconque sentiment d’adhésion sociale, si cela peut vous offrir une garantie du vivre ensemble, où l’entraide collectiviste et passive est reine et l’individualisme positif se fera attendre. Je comprendrais cet instinct animal, au détriment de vraies avancées humaines. Mais périssez alors dignement sous l’autocratie capitaliste de vos dirigeants. Après tout, on a les droits que l’on mérite !
Ironie de mes temps d’étudiante ignare, je rédige un devoir sur l’identité nationale à l’heure où d’autres la pratiqueront malhabilement . Je me flingue ou pas?
NB : Tiens, je sous-estime les effets de la propagande. Comme la Marche Verte, lorsqu’on a promis à certains qu’ils y gagneront des propriétés. Au moins, elle a servi à quelque chose.




